L'Egostracisme.

Genèse du terme.

On me demande souvent comment j'ai découvert la méthode que j'utilise. Je crois que je peux dire aujourd'hui que mon fil conducteur le plus important a été la certitude que le rêve a quelque chose à dire et que ce quelque chose est toujours juste. La meilleure preuve, c'est que les problèmes qu'il évoque sont toujours résolus après un certain nombre d'interprétations.

Toutefois, ce qui m'a vraiment fait avancer, ce sont justement les échecs. En effet, pour certaines personnes, le problème n'était pas réglé. J'avais alors deux solutions.

Ou bien le rêve était impuissant dans certains cas particuliers...

Ou bien je m'étais trompée dans mes interprétations.

J'ai toujours choisi la deuxième explication, et c'est ce qui m'a permis de comprendre où se trouvait mon erreur. Certes, j'ai mis du temps, mais j'ai fini par découvrir que l'ego était capable de faire d'énormes dégats dans l'âme d'un être humain et cela, dès la plus tendre enfance. Cette certitude, je l'ai vérifiée dans un nombre suffisant de cas pour chercher à nommer ma méthode.

Il existe un terme très connu pour fustiger un individu centré sur lui-même : l'egocentrisme. Ce que nous ignorons, c'est que nous sommes tous dans cette situation intérieure, mais nous n'en sommes pas conscients. En fait, l'ego est un tyran auquel nous donnons le pouvoir par le simple fait de nous identifier à lui. Tout l'objet de ce site est de mettre à jour ses différents fonctionnements, qui sont aussi les dysfonctionnements de notre humanité. Nous sommes tous logés à la même enseigne, nous avons tous un ego qui cherche à nous réduire à l'impuissance. L'ego est un prédateur à l'intérieur de l'être humain. Il va dévorer autrui (si le sujet le lui permet), mais dans le cas d'un individu respectueux d'autrui, il dévorera le sujet lui-même. De toute façon, et dans tous les cas, il fera souffrir l'être humain, que ce soit dehors (abus de pouvoir, harcèlement, délinquance, meurtres) ou dedans (dépression et maladies mentales).

Une de mes stagiaires a parlé d'ostracisme pour baptiser ma méthode, à laquelle je cherchais un nom.

Dans la Grèce antique, lorsqu'un homme politique devenait menaçant par excès d'ambition ou de pouvoir, il pouvait être frappé d'ostracisme : il était alors exclu de la cité pour dix ans. Le parallèle est d'autant plus juste que la symbolique est également celle de l'âme humaine, très fréquemment représentée par une ville ou un pays.

L'egostracisme s'oppose donc parfaitement à l'egocentrisme sur le plan intérieur.

J'ajoute que l'ego tire l'essentiel de son pouvoir à cause de notre inconscience vis-à-vis de lui. L'identifier, c'est déjà le limiter. Ensuite, évidemment, les prises de conscience doivent continuer à le réduire, jusqu'à ce qu'il ne mette plus le sujet en danger. Dans un entretien selon ma méthode, le rêveur est amené à se connecter à son identité propre (les valeurs du coeur), en prenant conscience de sa dualité intérieure, et du pouvoir inique de son ego, qui le pousse à être injuste, soit vis-à-vis d'autrui, soit vis-à-vis de lui-même. Les gens qui viennent me voir sont plutôt dans la deuxième situation... C'est leur mal-être qui les pousse à consulter.

Toutefois, cette explication reste beaucoup trop intellectuelle pour être vraiment efficace. Même si beaucoup de gens me disent qu'effectivement, ils sentent depuis toujours qu'ils sont deux, leur problème n'est pas résolu pour autant, car c'est une chose de savoir, et autre chose de voir. Savoir relève du mental, voir relève de la vision objective. C'est pourquoi le Rêve Eveillé a tant d'impact : il permet au sujet de voir son ego sous la forme d'un dragon, d'un fauve ou d'un alien, et cette vue effrayante lui permet de comprendre en quoi son ego le met réellement en danger. L'ego peut toujours s'arranger d'une connaissance intellectuelle: il la détourne sans difficulté à son profit (il a l'habitude, et il est passé maître dans cet art). Mais lorsqu'il est piégé dans une image qui révèle sa méchanceté, alors, il n'a plus qu'une solution: la fuite ou la soumission. Certes, il va essayer de résister, puis de revenir, sous une autre forme, dans une autre circonstance, mais s'il est de nouveau identifié, il sera obligé de céder le terrain. Et c'est ainsi que l'être humain va pouvoir enfin devenir le maître de lui-même, selon ce qui lui est demandé dans la Genèse (1. 26):

"Domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre."

Tous les animaux symbolisent l'ego, car tous sont dominés par leur ego. Mais dans le règne animal, l'ego est limité par un programme qu'il ne peut dépasser : ce sont les instincts liés à chaque espèce. Aucune bête ne peut sortir de ses propres comportements instinctuels. En revanche, l'ego qui habite à l'intérieur de l'homme a profité de toutes ses avancées, de toutes ses découvertes, et il a toujours cherché à les récupérer à son profit. C'est la raison pour laquelle, tout progrès peut être bien ou mal utilisé.

J'ajoute que le préhominien était encore un animal et qu'il avait donc un ego, comme ses congénères sur quatre pattes. L'homme préhistorique s'est peu à peu sorti de son animalité en faisant croître sa zone consciente, qui est sa part humaine. Teilhard de Chardin a dit que l'évolution de l'humanité était "une lente montée vers la conscience." C'est vrai, mais je me permets d'ajouter aujourd'hui qu'elle est aussi liée à la réduction de son ego. C'est la tâche qu'il nous reste à accomplir dans le courant du XXI° siècle. Toutefois, pour la réaliser, l'homme doit cesser d'ignorer le véritable travail de sape dont son ego est coupable, à l'intérieur de lui.

Applications.

La Psychiatrie. Toutes les maladies mentales sont concernées. La schizophrénie est l'exemple le plus flagrant du fonctionnement de l'ego à l'intérieur de l'être humain: le malade entend des voix qui le rendent fou. C'est son ego qui lui parle, soit en lui disant qu'il est le Christ ou le Diable (bouffée délirante mystique), soit en l'insultant, soit en le poussant au suicide. Le dédoublement de la personnalité qui s'ensuit vient du fait que le sujet est incapable de faire la différence entre sa véritable identité humaine et son ego animal. Si on lui explique cette dualité, il va déjà aller mieux : il saura enfin ce qu'il doit faire et cela le libèrera immédiatement. Ensuite, bien entendu, il faut l'aider à se débarrasser de ce "monstre" et il ne peut le faire que de façon virtuelle, en le visualisant et en le tuant - toujours virtuellement. Cela n'est pas forcément facile, mais cela devient possible lorsqu'on a compris ce qui se passe réellement à l'intérieur de soi.

La Délinquance en est une autre application: c'est l'ego du sujet qui le pousse au vol, au viol, au proxénétisme, à la pédophilie, au meurtre, et à toutes les exactions visibles dans toutes les sociétés.

Les Sectes et les Religions dérapent souvent dans l'intolérance et la perversité, ce qui s'explique aussi par la récupération du pouvoir spirituel par un ego qui se prend pour Dieu. L'homme se laisse abuser et accepte de croire en un Dieu nationaliste, sexiste, raciste, vengeur, réducteur, en un mot, névrotique...

Pour moi, ce qui est essentiel dans l'approche que je propose, c'est que l'ego est une clé qui explique tous les dysfonctionnements de notre humanité. Or l'homme a conquis le monde extérieur grâce à la connaissance: il a inventorié, classifié, nommé, répertorié tout ce qui était à l'extérieur de lui. La psychiatrie a fait la nosographie et la nosologie de toutes les maladies mentales, mais elle ne sait toujours pas expliquer leur origine, ni leur apporter un remède (en dehors de la pharmacopée). L'egostracisme est à mon avis, selon mon expérience en cabinet, la méthode qui fonctionne le mieux. Mais cette méthode suppose que tous les individus prennent leur propre ego en compte, qu'ils soient :

- Enfants ou adultes, malades, délinquants, dépressifs, névrosés ou psychotiques, c-à-d en demande d'aide...

- Parents, enseignants, médecins, psy, prêtres ou politiciens, c-à-d nantis d'un pouvoir (familial, universitaire, médical, social, religieux ou politique).

Car personne n'échappe à cette loi : l'ego ordonne notre monde intérieur autour de lui.

Sur le plan historique, il a fallu Copernic pour démontrer que le soleil ne tournait pas autour de la terre (=géocentrisme), mais que c'était l'inverse (=héliocentrisme). Cette découverte d'une loi physique relevant de la connaissance de l'univers, a son application symbolique dans le monde intérieur de l'homme : il va falloir que notre Egocentrisme soit remis en question, pris en compte et évacué, si nous voulons qu'un Psychocentrisme (psycho = Âme en grec) authentique soit enfin mis en oeuvre.

Sur le plan symbolique, en effet, l'homme est un microcosme (= un univers en miniature). Or, le mot Terre (=Géo) est un symbole du corps physique, domaine de prédilection de l'ego (=géo est l'anagramme d'ego). L'ego étant un animal, il ne considère que le plan physique, matériel, des choses. C'est pourquoi ses trois grands axes de réalisation sont le pouvoir, le sexe et l'argent (les possessions terrestres). Dans tous les reportages animaliers, on peut vérifier ces trois comportements : le mâle dominant possède le pouvoir sur le troupeau et l'exclusivité sexuelle sur les femelles dans le cadre d'un territoire souvent marqué par son urine. Bien entendu, il arrive souvent que des particularités spécifiques s'installent dans certaines espèces, (par exemple on parle de femelle dominante), mais dans tous les cas, c'est le schéma domination-procréation-territoire.

En tant qu'êtres humains, nous avons certes ces comportements-là, et ils sont parfaitement justifiés et naturels, mais ils sont en même temps incapables de nous apporter l'épanouissement total. Le plan matériel, terrestre, donne des satisfactions évidentes, mais manifestement, il ne nous suffit pas. Nous ne sommes pas des animaux (ou pas seulement): nous avons aussi une âme...

Cette âme semble avoir d'autres aspirations, plus spirituelles, qui sont souvent, hélas, polluées par ces trois premiers fonctionnements. Ces aspirations relèvent justement de l'héliocentrisme, puisque le mot Soleil (=hélio) est un symbole de l'Esprit (=Dieu). On peut aussi remarquer que les lettres -El (= Elohim = Allah = Eternel) se trouvent dans le mot grec helios. C'est pourquoi je fais le parallèle avec le théocentrisme, (cf Philosophie et Théologie) qui serait le fonctionnement naturel de l'homme libéré de son ego, c'est-à-dire pleinement humain.

Ce que notre humanité a compris sur le plan du véritable mouvement des planètes, elle doit maintenant le comprendre sur le plan du véritable mouvement de ses pulsions animales et aspirations psychiques.

Cette mise à plat touche chaque être humain sans exception, même si cela est douloureux pour ceux qui ont le pouvoir (parental, social, psychiatrique, religieux et politique).

Frapper son ego d'ostracisme c'est permettre à chacun de se brancher sur son identité propre, qui est d'ordre humain et spirituel, c'est-à-dire psychique.

Méthode.

Elle est très simple et repose sur le virtuel, ce qui peut prêter à sourire. Je ne suis pas contre, pourvu que cela n'empêche pas l'expérimentation, car c'est la seule chose qui compte.

Avant toute chose, je rappelle un constat : à l'heure actuelle, la fonction du rêve n'a toujours pas été élucidée de façon certaine. On a tout étudié en ce qui concerne cette activité du cerveau humain : toutes les questions sur le comment ont trouvé des réponses scientifiques (Michel Jouvet). C'est le pourquoi qui pose problème. À quoi cela sert-il de rêver? Quel est le but? Y en a-t-il un seulement? De nombreuses écoles proposent des pistes, et s'affrontent généralement dans leurs explications.

Je suis une école parmi d'autres. Mais mon approche est empirique. J'ai exploré l'inconscient, sans pré-acquis, sans idée préconçue, et j'ai tâtonné pendant de longues années. Je suis partie du rêve nocturne exclusivement, puis j'ai eu l'occasion de travailler sur les visions spontanées, enfin, j'ai expérimenté de façon systématique le rêve éveillé, (que j'appelle aussi 'visualisation') dans lequel j'induis une image, qui est le point de départ d'une incursion dans l'inconscient du sujet, afin de l'interroger. Il faut bien entendu traduire tout ce qu'il va "dire" à sa façon imagée, symbolique, en bref, virtuelle.

Et justement, que dit-il ?

Tout ce qui est psychique est par définition invisible. Comment, dès lors, analyser, diagnostiquer, puis traiter, une situation dont le sujet lui-même, la plupart du temps, ne connaît pas les causes ? L'inconscient, lui, peut répondre, à l'aide d'images qu'il faut aborder comme des paraboles : A l'intérieur de toi, c'est "comme si"... il y avait l'image que je te montre.

Tous les problèmes "psy" (relationnels, affectifs, professionnels, amoureux) sont susceptibles d'être évoqués par l'inconscient. En comprenant les images, on les fait bouger, évoluer, et à terme, cela permet au sujet d'établir une relation nouvelle de respect mutuel ave son entourage.

Cela induit un grand bien-être.

 

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